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Édito #10 : Bas les masques !

Édito • 25 mars 2020

edito-bas-les-masques-metz-today Cette crise sanitaire va-t-elle permettre aux personnels soignants d'avoir plus de moyens à l'avenir ?

Bercé entre la colère avec tous ces manquements, ces absences d’anticipations, ces renvois de responsabilités et aussi ces mensonges et la nécessité de garder tout son calme, indispensable pour vaincre dans les meilleures conditions et le plus rapidement possible cette saloperie de COVID-19, difficile pour nous tous de trouver la bonne posture !

 

Cette colère aurait toutes les bonnes raisons de s’exprimer quand il s’agit des conditions de travail de tous ceux qui sont au front et se battent pour sauver des vies ou faire marcher à minima notre économie. Colère aussi face à la situation dans les EPAHD ou encore aux autres pénuries attendues : manque de lits dans les hôpitaux (17.500 suppressions en 6 ans), manque de respirateurs artificiels, de tests… Où est notre modèle de santé dont on ne cessait de s’enorgueillir il n’y a pas si longtemps ?

 

En prenant soin de ne pas tomber dans le piège du « YAKA FOKON », tout cela nous montre cependant combien nous sommes vulnérables malgré nos technologies, nos « sachants », nos élites, nos administrations… Si le temps n’est pas encore venu de chercher des responsabilités ou à en tirer toutes les leçons pour le futur, nous pouvons néanmoins profiter de cette période, en tout cas pour celles et ceux qui sont en confinement, de prendre un peu de temps pour nous poser quelques questions. À commencer par « les folies » (le mot est du Président de la République) de notre monde où le « toujours plus » a montré qu’il nous conduisait dans le mur si on ne changeait rien. Cette crise doit être comprise comme un avertissement.

 

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Il n’y a pas si longtemps, les personnels soignants défilaient dans la rue pour demander au gouvernement plus de moyens.

Nos réflexions devront porter aussi sur notre organisation sociale. Pourquoi les plus utiles d’entre nous sont-ils les moins bien considérés et moins bien lotis ? Il y a encore quelques semaines, les personnels soignants défilaient partout en France pour dénoncer le manque de moyens dans les hôpitaux dans une indifférence presque totale et aujourd’hui on les applaudit chaque soir à 20h depuis nos fenêtres. Cette crise aura peut-être le mérite de remettre les choses à leurs vraies places. La question de la santé ne saurait être soumise aux lois du marché (dixit le Président de la République). Le dicton, un peu suranné, de nos aïeux « la santé n’a pas de prix » prend, aujourd’hui, une autre dimension, vous ne trouvez pas ? Mais peut-être qu’il faut aller au-delà de la question de la santé et élargir notre réflexion à d’autres domaines comme l’accès aux études, à la culture, à l’énergie, aux transports, au logement… pour aller vers d’avantage de « commun ». Solidaire plutôt que solitaire. Cette idée de revenu universel pourrait bien refaire surface. Pouvons-nous continuer à vivre dans un monde où 90% des richesses sont détenues par 5% de la population ? Et pouvons-nous continuer à épuiser de cette manière notre Terre ?

 

Les grandes crises, et en particulier sanitaires, amènent de grands changement comme la peste justinienne qui a précipité la décadence romaine, ou de la Grande Peste de 1348 qui a mis fin au système des serfs. Pour ne prendre que ces exemples. Pour le sociologue Michel Maffesoli, le coronavirus amène avec lui la mort du rationalisme progressiste dominant depuis Descartes. « Après le traumatisme, on est obligé de découvrir de nouvelles règles, de nouvelles manières de vivre ensemble » ne cesse de répéter le neuropsychiatre Boris Cyrulnik.

 

Et cette fois-ci, il sera nécessaire d’enlever les masques pour enfin voir le monde tel qu’il est vraiment et l’imaginer autrement.

 

Par Caton