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Édito #7 : pourquoi les transports en commun ne sont-ils pas gratuits à Metz ?

Édito • 2 mars 2020

pourquoi-transports-en-commun-metz-today Le Luxembourg est le premier pays au monde à offrir la gratuité des transports publics sur l’ensemble de son territoire.

On retiendra de ce samedi 29 février 2020 que le Luxembourg aura été le premier pays au monde à offrir la gratuité des transports publics sur l’ensemble de son territoire. Une décision qui a de quoi nous interpeler et à pointer du doigt la frilosité des candidats messins à l’élection à municipale sur cette question. Dans 94 villes de plus de 20.000 habitants, au moins un candidat propose d’instaurer la gratuité totale des transports en commun. Cela va de Perpignan à Alençon, en passant par Rennes. Mais rien de tel à Metz…

 

D’après l’observatoire des villes du transport gratuit, une telle mesure favorise les déplacements des plus précaires, redynamise l’activité économique en centre-ville, redistribue du pouvoir d’achat et limite les émissions de CO2. Carton plein ! Alors qu’est-ce qu’on attend ? Dans la métropole messine, la part du financement par les usagers représente que 31% du budget d’exploitation du réseau, soit 14,2 millions d’euros collectés auprès des entreprises via « le versement transport » (2% de la masse salariale pour les établissements de plus de 10 salariés). Il n’est guère envisageable d’alourdir la fiscalité des entreprises mais de faire de vrais choix politiques comme l’a fait Dunkerque en renonçant par exemple à la construction d’une Aréna pour financer cette mesure. La gratuité des transports en commun induisant mécaniquement une augmentation du nombre d’usagers (en moyenne 25%), les dépenses y seront plus importantes que le simple manque à gagner de ce qui est aujourd’hui payé par les usagers. En effet, il faudra augmenter le nombre de véhicules, leurs fréquences de passage, voire créer de nouvelles lignes. Mais les bénéfices y seront d’autant plus importants. À Dunkerque, où la gratuité a été récemment mise en œuvre, 24% des usagers ont abandonné leur véhicule personnel. Les mauvaises langues diront que la gratuité des transports en commun est peut-être moins visible, pour les élus, que la construction d’un bâtiment. Être un « maire bâtisseur » ce n’est pas forcément faire dans le béton ! Et à Metz on pourrait dire : « n’en jetez plus la cour est pleine ! ».

 

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Dans l’Hexagone, une trentaine de villes se sont déjà converties à la gratuité totale des transports en commun.

En France, 35 villes ont déjà franchi le pas de la gratuité totale et pourquoi la capitale de la Lorraine qui se veut le berceau de l’écologie urbaine, ne le ferait-elle pas ? On aurait pu s’attendre à d’avantage de souffle et d’audace et en particulier de la part de ceux qui se revendiquent progressistes et écologiques. Au fond cette question de la gratuité des transports en commun, que l’on limitera pour l’occasion aux zones urbaines, pose celle du financement des services publics. La mobilité, à minima celle des liaisons domicile/travail que l’on ne choisit que rarement, ne relèveraient-elles pas du même registre que la santé ou l’éducation ? Dans un pays qui se veut un modèle social ça aurait de la gueule !

 

Si le Luxembourg est un modèle d’économie libérale, ce pays que certains de nos concitoyens n’hésitent pas parfois à considérer avec une certaine condescendance, a su à bien des égards être aussi un modèle de redistribution sociale dont on saurait bien s’inspirer.

 

Par Caton