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Gemini Man : une prouesse technologique… et c’est tout !

News ciné • 16 octobre 2019

gemini-man-metz-today "Gemini Man" réalisé par Ang Lee est au cinéma depuis le 2 octobre.

Annoncé comme une révolution technique tel que le fut Avatar 10 ans avant lui, Gemini Man avait de quoi attiser la curiosité, par ses nombreux partis pris visuels (HFR 3D, dédoublement et rajeunissement de Will Smith…) et l’incursion d’Ang Lee (Tigres et Dragons, Hulk, L’Odyssée de Pi…) dans le domaine de la science-fiction. Le long métrage réussit-il à dépasser ce cadre purement démonstratif et constituer une véritable œuvre de cinéma ?

 

Tout d’abord, attardons nous sur la technologie utilisée : le HFR (High Frame Rate) ou Cadence Élevée en français. Pour faire simple, il s’agit d’une technologie, essentiellement popularisée par Peter Jackson lors de la sortie de sa trilogie Le Hobbit, permettant d’augmenter le nombre d’images par seconde dans un film, au-delà du standard des 24 images par seconde visibles par l’œil humain. En multipliant par un coefficient, elle accroît ainsi le confort de visionnage de films en trois dimensions en permettant par exemple des films à 120 images par seconde. C’est le cas de notre film du jour, Gemini Man, visionné en HFR 3D Laser Ultra (ce dernier point rendant une image plus nette et un son plus puissant). Et il va de soi que le spectacle auquel on assiste vaut largement le déplacement. Car par définition, la HFR rend les mouvements de caméra beaucoup plus fluides, évitant les effets de saccade dus à la rapidité du mouvement du personnage, ainsi que les effets de ralentis. Les scènes d’action sont d’une beauté visuelle à tomber, exploitant au maximum ce procédé technique. On retiendra une poursuite en moto en plein Carthagène dont la fluidité est grisante, des combats à mains nues où le spectateur parvient presque à ressentir les coups, et un final explosif à grands coups de fusillades dont les ralentis exploitent à merveille les possibilités de la 3D. Après L’Odyssée de Pi et Un Jour Dans la Vie de Billy Lynn, Ang Lee semble ravi d’exploiter les possibilités technologiques qu’on lui offre. Servent-elles par ailleurs le récit ? Pas vraiment.

 

 

Car au contraire de ses ainés, Gemini Man n’existe pas par un scénario disons des plus recherchés. Attention, nous ne disons pas qu’un scénario peu original est systématiquement gage de mauvais film. Au contraire, beaucoup de genres cinématographiques ne reposent que sur des mécanismes préconçus pour pouvoir fonctionner (les films d’actions, les buddy-movies, les slashers…), et ça n’altère en rien leur réussite. Mais là où justement le domaine de la science-fiction nécessite un tant soit peu d’inventivité dans son sujet, ne serait-ce que pour nous embarquer dans une histoire dépassant le strict conformisme de notre quotidien, Gemini Man reste prévisible de bout en bout, et ne propose en définitive qu’une histoire revue maintes et maintes fois. Enième variation autour du thème du clonage, complexée de plus par de nombreuses longueurs, on se désintéresse fondamentalement du déroulement de l’intrigue, quitte à ne rester en éveil que grâce à l’excitation de la prochaine scène d’action. C’est d’autant plus dommageable que le message sous tendu de cette intrigue provoque un malaise palpable, véritable autoglorification d’un Will Smith qui, en mal de succès depuis quelques années, est au sommet de son narcissisme. Il est effectivement bien loin le temps où l’on prenait plaisir devant ses performances remarquables (Ali, À la recherche du bonheur…) ou ses blockbusters bien fendarts (Men In Black, Bad Boys…). Car on est maintenant au courant que la personne plus forte que Will Smith… n’est autre que Will Smith lui-même.

 

Pur exercice de style, ne se limitant malheureusement qu’à cela, on ressort donc de ce Gemini Man ébloui visuellement, mais triste cinématographiquement parlant. Triste d’être passé à côté d’un film qui aurait pu mettre à profit le talent narratif d’un Ang Lee désormais habitué aux expérimentations technologiques.

 

À découvrir actuellement au cinéma Kinepolis à Saint-Julien-lès-Metz.

 

Par Kévin Beluche